Doit-on vraiment envisager l’hypnose pour arrêter de fumer ?

Avant-propos : C’est mon éthique professionnelle qui guide mes propos : les points de vue que j’ai l’habitude d’observer ailleurs me semblent respectivement trop tranchés (soit en faveur, soit en défaveur de l’hypnose) : je vais donc faire de mon mieux pour vous proposer une explication qui vous permettra de faire un choix librement.

Le Dr. Jean-Marc Benhaiem, médecin et spécialiste de l’hypnose, affirme que le « recul est suffisant pour affirmer la réalité de l’arrêt du tabac par hypnose. » Selon lui, les taux de réussite dans l’arrêt du tabac par l’hypnose sont les suivants : 72% un mois après la séance ; 63% à deux mois ; 45% à trois mois ; 35 à 40% à six mois[1].

En tant qu’hypnothérapeute, vous imaginez bien qu’il me serait plus facile d’arrêter cet article ici et de profiter de ces chiffres particulièrement avantageux. Néanmoins, mon éthique professionnelle m’empêche de les utiliser… Alors attendons encore un peu avant de se réjouir.

Que dit vraiment la science ?

La dernière méta-analyse (c’est-à-dire une étude qui étudient toutes les études déjà faites à ce jour sur un même sujet) sur l’arrêt du tabac par l’hypnose a été faites en 2019 [2]. Pour le moment, les chercheurs jugent les preuves insuffisantes pour affirmer que l’hypnose est plus ou moins efficace qu’un soutien comportemental classique. Malgré cela, certaines preuves scientifiques existent et vont dans le bon sens. Par exemple :

L’étude [3] la moins biaisée de cette méta-analyse indique que les résultats de l’hypnose sont statistiquement significatifs lorsqu’elle est utilisée en tant que traitement complémentaire des patches nicotiniques (20% d’arrêt du tabac sur le long terme pour l’hypnose contre 14% pour les conseils comportementaux).

Vous l’aurez compris, ce n’est ni tout noir, ni tout blanc. La recherche prend du temps. Et, au regard de cette méta-analyse, on peut supposer que ceux (comme Jean-Marc Benhaiem ci-dessus) qui affirment des proportions de réussites très significatives ne le font que dans une perspective empirique.

Bref, nous ne sommes, à l’heure actuelle, pas en position de pouvoir dire « il est nécessaire d’aller chez l’hypnothérapeute pour arrêter de fumer ». Et, dans un même temps, cela ne veut pas dire qu’il n’existe pas de preuve scientifique. 

Que penser de cela ?

Pour ma part, je trouve cela encourageant : il faut comprendre qu’un cabinet n’est pas un laboratoire. L’hypnothérapeute, contrairement à l’expérimentateur, prend le temps de s’adapter à vous, à votre histoire, et à vos particularités. C’est justement le propre de ce qu’on appelle l’hypnose ericksonienne. De cette façon, il est possible que de bons hypnothérapeutes avoisinent des taux de réussite de près de 50%[3]. Mais ces données (par exemple 50%) ne peuvent et ne doivent pas devenir scientifiques. Car si la personne arrête de fumer, il est difficile (si ce n’est impossible) d’isoler et de reproduire précisément les éléments qui, dans un cas précis, ont permis l’arrêt du tabac. Du coup, comment on se sert de l’hypnose pour arrêter de fumer ?

L’hypnose permet de fabriquer des expériences appropriées à votre arrêt du tabac

Il est prouvé que l’hypnose est un outil pour fabriquer des expériences. Elle modifie notre rapport au monde : l’espace d’un instant, on peut vivre les choses différemment. Vivre quelque chose dans un état d’hypnose et imaginer quelque chose dans un état normal ce n’est pas la même chose. Par exemple, si vous vivez une sensation auditive ou visuelle spécifique dans un état d’hypnose, il y aura une réelle altération de l’aire cérébrale correspondante (aire auditive, visuel, etc.).

Je pense à l’une de ces séances ou une personne a eu la ferme sensation de se voir, de se rencontrer 30 ans plus vieille. Croyez-moi, ce n’est pas pareil que de savoir en théorie que dans 30 ans, on regrettera de ne pas avoir arrêté de fumer. Avec l’hypnose, on transforme de l’abstrait en concret.

De même que pour ma part, ce n’est pas l’hypnose qui m’a fait arrêter de fumer. Ce qui m’a permis d’arrêter, c’est un profond désir de liberté. Et avec l’hypnose, j’ai réussi à me reconnecter intensément aux sensations et aux émotions que procuraient désir ce lorsque j’en avais le plus besoin. Ça a été difficile, mais moins grâce à cela.

Donc si l’hypnose en elle-même ne peut que peut-être nous permettre d’arrêter de fumer, elle peut assurément être un intermédiaire entre vous et les expériences qui faciliteront l’arrêt du tabac.

Vous pouvez apprendre à devenir non-fumeur

C’est-à-dire qu’elle peut vous apprendre à faire sans la cigarette ce que, pour le moment, vous faites avec la cigarette :

– Vous détendre, vous relaxer et/ou prendre un temps pour vous.

– Commencer une journée ou finir un repas sereinement.

– Sociabiliser et/ou vous mettre dans une ambiance festive.

– Mieux gérer une émotion et/ou l’ennui, le stress, etc.

Vous pouvez apprendre l’auto-hypnose pour diminuer les sensations de manque au moment où elles arrivent.

C’est pourquoi je vous invite à commencer à réduire au maximum votre consommation avant nos séances et à venir en ayant fumé le moins de cigarettes possible : cela nous permettra de directement travailler sur les sensations désagréables liées au manque.

Conclusion : L’hypnose ne vous fait pas arrêter de fumer, mais un hypnothérapeute peut vous aider à vivre des expériences permettant de faciliter votre arrêt du tabac.

À ce jour, les résultats scientifiques sur l’arrêt du tabac par l’hypnose existent, néanmoins ils ne sont pas encore assez significatifs pour affirmer que l’hypnose est la solution à privilégier par rapport à d’autres types d’accompagnement (comportementaux, conseils, etc.) En revanche, il est prouvé que l’hypnose est un outil fiable pour modifier les perceptions, les sensations, les mouvements automatiques et certains éléments de mémoire. Ainsi, un hypnothérapeute qui s’adapte correctement à la personne qu’il accompagne pourra participer à la fabrication d’expériences facilitantes, motivantes et/ou apaisantes permettant de mieux vivre votre arrêt du tabac.